25 mai 2006
Les palets roses (ou pas) aux raisins, par Ninon
Cuisiner, c'est bien, ça occupe les mains à des choses simples, faciles, tranquilles. Pendant ce temps, la tête vagabonde, s'enrhume, se rappelle, rigole et se désole, voilà, comme on ne peut pas non plus tout le temps faire de la soupe à l'oignon pour avoir un prétexte, j'ai ressorti le spécial pâtisserie de Françoise Bernard pour faire des palets aux raisins comme quand j'étais petite et que j'avais pas classe ![]()
C'est enfantin à faire (j'avais 10 ans quand j'ai commencé), c'est délicieux si on respecte la consigne (pour une fois) : il faut faire ça avec du beurre mou.
Oui, je suis très beurre mou en mai ![]()
Pour fabriquer du beurre mou, il y a plusieurs méthodes, qui se valent sur le résultat mais pas sur les dégâts colatéraux.
1) Installer le beurre dur dans un four utilisant une technique assez méprisable, mettre sur "décongeler", surveiller. Si le beurre fond, ça vous apprendra. Faites plutôt des crêpes.
2) Démémager, laisser l'ancien frigo dans la cuisine intégrée, rencontrer certaines difficultés logistiques pour aller récupérer celui de belle-maman.
3) Acheter du beurre, laisser le panier sur la table, aller faire la sieste deux bonnes heures, avec ou sans petits lapins.
Alors, la recette, pour environ 24 palets :
125g de beurre mou (voir ci-dessus)
125 g de sucre
125g de farine + 1 pincée de sel
2 oeufs normaux
100g de raisins de Corinthe (trempés dans l'eau chaude, puis aromatisés au rhum ou à rien si vous préférez boire le rhum, j'en connais)
Un saladier, un fouet ou un batteur électrique, une spatule en caoutchouc, une tôle à pâtisserie ou une plaque avec des trous exprès.
Patouiller le beurre dans un saladier :

Ajouter le sel et le sucre, fouetter :
Ajouter un oeuf à la fois, puis la farine, fouetter. Et puis les raisins secs, qui sont mouilés, maintenant, c'est malin (les essorer dans vos mains avant), touiller.
On obtient une pâte super bonne crue, il faut se retenir :
Avec une cuiller, balancer des tas de pâte dans la plaque trouée, ou sur la tôle, en espaçant de deux trois centimètres, sinon ça va se toucher (et c'est pas moral, évidemment).
Comme ça :
Enfourner, thermostat 6, pour une quinzaine de minutes environ. Surveiller (on peut chanter en même temps) : ça doit être doré sur les bords et clair au centre.
Sortir du four, laisser refroidir sur une grille.
/!\ Ne pas tous les manger brûlants
(oui, parce qu'on se brûle
)
(et puis j'ai ajouté une tombée de Cointreau à la pâte parce que j'aime pas le rhum dans les gâteaux, comme on sait)
Vous me direz, mais pourquoi appelle-t-elle ça des palets roses, ils ne sont pas roses du tout, ces palets.
En fait, c'était pour faire un calembour drôle ![]()
Et aussi parce que j'ai fait un atelier créatif glaçage royal, histoire de me la péter.
Pour vous la péter aussi, il vous faut :
Un blanc d'oeuf
Du sucre glace
Du colorant rouge qu'on trouve dans les épiceries indiennes, mais sinon n'importe quel truc Vahiné fait la blague
Le blanc d'oeuf est dans un bol, on ajoute du sucre glace, on touille, on ajoute par exemple du Cointreau ou de l'alcool de mirabelles, et le colorant. Là j'ai abusé parce que mon fils aime les Barbie. Voilà. La consistance ? Bah, comme de la Danette, à peu près.
Comme un yaourt bulgare, plutôt. 
Ensuite on enduit les palets (refroidis et pas mangés), c'est facile.
Mais c'est très sale :
Mais c'est joli beaucoup :
Il faut laisser sécher le glaçage, et après on peut manger.
Si, si, c'est beau :
21 mai 2006
chrisbk, dans les étoiles, par Ninon
Vous ne lirez plus d'histoires de pain de mie calciné, de roses des sables désolantes, de feuilletés à la chair à saucisse sauvage(s).
Chrisbk est parti, j'ai du chagrin, tellement.
Fedeic a dessiné ça sur une idée de Tristo :
Hier j'ai écrit ça :
Il y avait un platane mort, quand je suis partie tout à l'heure, sur l'avenue Bolivar, cassé en deux par la tempête, la tête qui gisait par terre, avec ses grandes belles branches pleines de sève, ses feuilles vert tendre, sa grâce toute écrasée, fendue. Un vrai gâchis.
Il y a aussi des amis, comme ça, que vous aimez parce qu'ils sont drôles, tendres, gentils, avec des joues douces à la con qu'on a envie d'embrasser quand ils vous sortent des vannes énormes, devant une binouze vraiment fraîche – parce qu'on n'est pas toujours des sauvages. Qui ne savent pas se faire cuire autre chose que des nouilles, qui vous disent, Ninon, comment je me fais la cuisine, explique-moi. Qui font quand même cuire les toasts dans leur paquet sur la plaque électrique. Qui sont nés à Vesoul, comme une farce, et qui s’ennuient à programmer des âneries à Angoulême. Qui croient pas en Dieu mais aiment les cathédrales, les films de kung-fu, les polars nordiques ; ils appellent leur yucca Charlène, luttent victorieusement contre des invasions de fourmis, apprennent le tango, sont amoureux de l’Ostsee, au point, peut-être, de se dire que c’est plus important d’aller parcourir la Suède à pied, et puis la Norvège, pour la revoir en vrai, cette mer sombre et lumineuse, aller traîner à Ystadt, se battre avec leurs pieds, leur sac à dos, leur bob ridicule, leur cahier, leur grand coeur, leur trouille, leur envie, et tant pis pour les ours, qui sont féroces. Les ours, tu parles.
Ils vous racontent leur voyage, tout doucement, et sous les mots vous entendez leur voix tendre, ce putain d’accent de Vesoul, vous voyez sourire leurs yeux noirs, ça vous fait du bien, de lire, de les savoir là où ils rêvaient d’aller ; vous êtes fière, bêtement, de leur courage crétin, de leur obstination : elle est belle, cette aventure, elle sent bon. Et puis la bière est bonne, là-bas, les ours, quelle blague.
Et puis il y a une route, toute droite. Et puis une bagnole, qui roule, vite, sans doute.
Je le vois, marcher, avec son bob, son gros sac, son futal troué sur la fesse, ses grosses pompes. Mais la bagnole, elle l’a pas vu, Chris, chrisbk et son smiley débile, et ses posts à recracher son café par le nez, avec un sourire qui dure tellement longtemps, après.
10 mai 2006
Le quatre-quarts gentil au citron, par Ninon
Non mais, voilà : Merlin voulait faire un gâteau au citron.
Et moi je voulais donner un cours de chimie. Et du calcul mental simple, disons, pour un enfant de cinq ans (et demi).
Oui, disons comme ça.
Comme je n'ai pas de balance, j'ai demandé à des amis bienveillants de peser des oeufs pour moi, jusqu'à ce qu'on me fasse remarquer que le poids était écrit sur la boîte.
Je suis tellement distraite, moi ![]()
Voilà, il semblerait qu'un oeuf genre gros pèse 70 grammes.
Je demande à mon jeune assistant d'effectuer une addition.
Trois oeufs à 70 grammes, ça donne... ?
Un moment et des doigts dépliés plus tard, nous voici en mesure de certifier les proportions suivantes :
210 grammes de farine (enfin, 150 grammes de farine + 60 grammes de Maïzena)
210 grammes de beurre
210 grammes de sucre (dont un quart de cassonnade parce que je n'avais plus de sucre, et vous n'imaginez pas comme le Franprix s'est éloigné depuis mon déménagement)
1 pincée de sel, un demi-sachet de levure chimique.
Deux citrons dont un vert.
Il doit y avoir une méthode plus rapide - mais certainement moins bonne, hein
. En tout cas la mienne, la voici :
Faire tiédir le beurre de manière qu'un enfant de cinq ans (et demi) puisse le réduire en pommade à la fourchette (pommade, ça veut dire très mou, mais pas fondu. Sinon, le gâteau a moins le goût du beurre, et il est moins léger, enfin, léger, on se comprend). Si vous n'avez pas d'enfant sous la main, réduisez le beurre avec une fourchette vous-même, je réexplique pas le coup de la pommade, non plus, et, pendant que j'y songe, un petit interlude cinématographique :
Râper finement (sinon ça fait des bouts qui font faire "pfftt pfftt" aux mangeurs délicats, après) le zeste des deux citrons direct au-dessus d'un grand saladier.
Presser le citron vert. L'enfant peut faire ça. Il n'en a même pas renversé, tiens.
Mettre le sucre dans le grand saladier, séparer les blancs des jaunes, les jaunes vont dans le saladier, les blancs dans un autre truc pratique pour être battus en neige, parce que la neige, ça fait plaisir quand il fait si chaud.
L'enfant peut battre les blancs. Au fouet électrique. Il est content, ça fait un bruit d'hélicoptère. Quand on est grand, on trouve ça un peu chiant : on n'entend plus Nova, mais on se fait une raison.
C'est bien ferme ? On passe aux jaunes, alors, en changeant les fouets si on a de quoi (les fouets à pâtes, ceux en tire-bouchon), autrement on se résigne à en foutre partout.
Non, pas d'illustration.
Donc on fait une sorte de sabayon avec le sucre et les jaunes : il faut que mousse un peu et que ça devienne blanc, voire que ça "fasse le ruban", mais j'en connais qui vont encore me faire des réflexions pincées sur le vocabulaire, bref, ça doit couler plat et épais quand on lève la spatule, et être crémeux et délicieux, n'essayez pas de tout groinfer en douce avec les doigts, l'enfant de cinq ans (et demi) vous regarde, voire vous jalouse.
Hop, c'est le moment d'ajouter le beurre très mou. L'enfant le fait, si vous êtes patient. Pendant ce temps vous pouvez, par exemple, lire une chronique de Vialatte à voix haute pour vous détendre.
Rincer l'enfant, qui est un peu gras, mais content. Vous, vous ferez ça proprement, évidemment. Enfin essuyez-vous les doigts sur le moule, ou, mieux, pensez à faire l'opération pommade dans le moule direct, la vaisselle, ça soûle.
Ajouter le jus de citron, aussi. Touiller, pas trop fort, ça éclabousse, dis donc, ça pique, maman, ce truc, vous dit l'enfant de cinq ans (et demi), qui fait comme s'il était devenu idiot ![]()
(J'oublie de préciser que, au passage, vous en avez profité pour développer deux leçons de chimie sur
1) la transformation d'une flaque gluante et translucide en neige compacte, et
2) les mystères de l'émulsion sucre + jaunes d'oeuf, je ne vous infilige pas les détails, vous savez tout ça aussi bien que moi.)
(Mais si, allons.)
Hop, la farine (le sel, la levure). C'est là que vous êtes content d'avoir ces fouets à pâte, sinon, servez-vous de votre robuste poignet.
Non, pas d'illustration non plus, les piles chargeaient.
Pas d'interlude cinématographique, non, il est un peu tôt ![]()
Je relis, je pense que je n'ai rien oublié. Ah, si, les blancs, qu'il faut ajouter avec précautions et une spatule en caoutchouc.
L'enfant aime montrer qu'il est délicat. Rouvrez L'éléphant est irréfutable, surveillez du coin de l'oeil. Essuyez.
Voilà, c'est presque fini. Verser la pâte dans un moule comme vous voulez.Enfourner à thermostat 6-7 une quarantaine de minutes.
Après une demi-heure de cuissson, sortir le gâteau et l'arroser avec le jus du second citron mélangé avec du sucre (ou de la cassonnade, je rappelle que je ne suis pas sortie entretemps. Je sais, au lieu de lire des chroniqueurs auvergnats... ). Remettre au four. Dix minutes. Oui, 30 + 10 = 40.
Moi, je ne suis pas téméraire, je le laisse refroidir dans son brave moule en Pyrex : il est fragile, ce gâteau.
Au final, nous avons : un jeune enfant assez sale mais réjoui, et de plus instruit (et à cinq ans (et demi), c'est important) ; un gâteau exquis.
Ah oui, je vous montre, les piles sont bonnes, cette fois ![]()
09 mai 2006
Les crêpes qui vont vite et avec tout, par Ninon
"Des crêpes, viiiiiite, des crêpes, j'ai envie de crêpes", disent-ils, disent-elles, vous dites-vous.
Le souci du machin, c'est le repos de la pâte, un truc un peu moins long que le repos de mon âme, mais à peine ![]()
J'ai déjà posté une somptueuse recette de crêpes pour quand on a tout son temps (et de la bière) (en même temps, une maison sans bière, c'est un peu comme un jour sans pain, long, surtout vers la fin, on en revient toujours à ces histoires de temps, c'est métaphysique, en fait).
Donc quand on est tellement pressé, tellement en appétit, tellement excité à l'idée de tartiner de confiture de fraises, de chocolat fondu, de roquefort... ou de poudrer de sucre, de cannelle, de cassonnade... une de ces délicates merveilles rondes, plates et douces, tachetées comme la lune pleine dans un ciel d'été, on est charmé d'avoir sous la main une recette qui n'attend pas, voilà.
En vérité, j'avais trouvé mon bonheur chez madame l'obessionnelle du test délicieux, Caroline, que si j'étais moins feignasse je l'ajouterais à mes favoris, même, qui elle même l'avait empruntée à un chef formidable, enfin voilà, c'est ici.
Quand elle dit, la dame, les meilleures crêpes de sa vie, je doute, forcément. Enfin de sa vie, peut-être, mais de la mienne ?
Alors j'ai testé, plein de fois, et je me suis rendue à l'évidence : elles sont aussi bonnes que mes crêpes à moi qui chantent Summertime.
Ouaip.
Sauf que, comme je suis légèrement hystérique avec les crêpes, moi, je ne mets pas de sucre. Du tout. Au début, je jetais un sachet de sucre vanillé dans le lait mais finalement je préfère sans, et puis comme ça je peux coller du saint-nectaire dessus si ça me chante, et vous savez comme je chante juste, hein.
Et pas de rhum non plus parce que le rhum, je préfère le boire mais c'est une autre histoire ![]()
Donc, voilà, ça donne ça, je poste, je me suis pas fait chier à faire des photos pour des prunes, mais ne manquez pas Caroline, ses frites griffées abominablement tentantes, son psychopathe croque-madame aux oeufs de caille, son vidage de poulet en direct....
Le secret du truc, c'est le lait chaud, en fait.
Donc, on fait chauffer 1/4 de litre de lait avec 60 grammes de beurre (enfin si on est plus de deux on peut tout de suite doubler cette recette, sinon y a plus qu'à recommencer... ) dans une casserole.
Dans un saladier, on bat les oeufs (3, donc 6 si on double, d'accord ? ) avec la farine (125 grammes) et une pincée de sel.
On ajoute le lait chaud (pas bouillant, sinon c'est tout raté, ça cuit les oeufs sottement) petit à petit, on fouette, et voilà :
Avec un fouet, sans éclabousser, on n'est pas des brutes, non plus.
Et puis après, oui, TOUT DE SUITE APRES, on fait les crêpes dans une (ou deux) poêles, hop là :
On en fait plein, plein, des enfants accourent pour crier "maman, une crêpe au sucre avec de la cannelle !", des grands demandent "ah mais où est passée la gelée de mûres", des grandes s'exclament "je passe boire le café, attends-moi"... Attendre, et puis quoi encore...
Enfin comme vous en avez fait plein, genre comme ça :
il en reste quand elles arrivent, ouf.
Voilà, une recette simple, facile, rapide, parfaite pour les feignasses, donc, et qui se déguste aussi bien à table, dans de la vaisselle chic, que debout dans la cuisine pieds nus en sifflant une petite Leffe, ou en sortant d'un concert d'Iggy Pop au Zénith, pas des brutes, bon sang, qu'est-ce que je vous disais ![]()













