J'irai cracher sur ton micro-ondes

La cuisine facile et presque toujours chic pour les grosses feignasses

01 décembre 2007

Le Coupatan ©, par Stipey

Article paru dans « La Gazette du hareng-pommes de terre » de mars 1977.


minuteur


Le Coupatan ©


Combien de fois avez-vous trop ou pas assez fait cuire vos meringues ? Moi perso, jamais. Mais vous, combien ? Et vos petits pois, combien ? Dites un chiffre, à dix près, mais je suis certain que ce chiffre est suffisamment important pour que vous ayiez envisagé sérieusement le suicide. Alors bon, dans un élan de philanthropie et aussi un peu parce que j’aime bien faire mon intéressant devant les filles, je m’en vais là vous donner la solution universelle, la panacée force 4 à toutes les déconvenues de pseudo-cuisiniers que vous êtes, tas de cons. Par contre pour vos problèmes de surcharge pondérale, vos vergetures disgracieuses sur le front et vos soucis d’érections odorifères, là je ne peux pas grand-chose. Vous voulez pas non plus que je vérifie la pression des pneus, tant qu’on y est ? Ou alors peut-être avec un bonnet qui descendrait jusqu’aux yeux, je ne sais pas. Ou alors peut-être que le suicide n’était pas une si mauvaise idée, si on y regarde bien.

Doncques, je disais donc que j’ai ce qu’il vous faut, non ne me regardez pas comme ça, ça me gène, je ne parle pas de ça mais du rudement fameux Coupatan © aussi communément appelé Minuteur en plastique orange. Pas besoin d’avoir fait du latin à la Sorbonne pour comprendre que coupatan est un jeu de mots d’une incroyable drôlerie. Moi perso je ne suis pas drôle et j’ai jamais fait de latin (j’avais pris cyclisme en 2ème option obligatoire) et bien pourtant j’ai compris la subtilité, alors faites un effort ou mettez un bonnet qui descendrait jusqu’aux yeux.

Alors le Coupatan © communément appelé Minuteur en plastique orange c’est bon an mal an ni plus ni moins que grosso modo un minuteur en plastique orange qui coupe à temps. D’aspect orange, il arbore un très joli design aux courbes arrondies et à la plastique plastique sexy. Les premiers Coupatan © étaient en béton cellulaire et d’une taille peu raisonnable (cf. lithographie n°1). Aujourd’hui des efforts considérables ont été faits et il tient aisément dans la main, pourvu que l’on ait de gros doigts. Il se décline même en plusieurs coloris : orange clair, orange foncé, …

Lithographie n°1

playmobil
Oh mon Dieu, mais ça ne rentrera jamais dans la cuisine !
- Musée de l'Ustensile et du Récipient, 1974.

Son fonctionnement est très simple, même pour ceux qui n’ont jamais fait de cyclisme à la Sorbonne. Sur la partie occidentale de l’appareil se trouve un cadran graduel ainsi qu’un bouton indicateur du temps à cuire, c’est son nom, que l’on prendra soin de tourner dans le sens des aiguilles à tricoter jusqu’à se faire juxtaposer le curseur rouge du bouton avec la graduation symbolisant le temps de cuisson des petits pois, sauf si on fait des meringues. Bon ok, je vous l’accorde, jusque là on n’a pas réinventé l’eau tiède, comme dirait l’autre, mais j’ai oublié son nom. Alors elle est où la feinte ? Qu’est-ce qui justifie que je prenne un crédit un crédit sur 15 ans pour m’acquitter d’un tel objet alors que je n’ai jamais fait de cyclisme ? Reste tranquille, j’allais y venir ! Minute papillon. Moi perso j’ai fait du cyclisme alors me posez pas la question à moi. Ce qui fait l’attrait indiscutable du Minuteur en plastique orange, outre le fait qu’il soit en plastique en orange (ce qui le rend indispensable à tout esthète qui se doit) c’est son révolutionnaire sélecteur de plat à faire cuire, c’est don nom. Oh putain de Marie, un sélecteur de plat à faire cuire ! Je sais pas si vous vous représentez bien le truc, là ? Et en relevant un peu le bonnet ? Non ? Bon ben re-suicide toi.

Alors pour les butors d’entre vous, je vais faire du zèle de serviabilité et vous expliquer la chose parce que quand même ça m’enquiquinerait que vous vous couchiez aussi con que vous ne l’étiez ce matin. Ainsi, cependant (je sais, mais j’aime bien ce mot) la partie droite de l’appareil recèle une molette digitale (qui se tourne avec le doigt, donc) permettant l’affichage du plat à faire cuire, c’est un fait, mais aussi et surtout l’indication du temps de cuisson dudit plat à faire cuire au préalablement sélectionné. Elle est pas belle la vie ? Ah non c’est vrai, pardon.

Et comme si ça ne suffisait pas déjà, pour le même prix vous avez un double orgasme puisque l’affichage du temps de cuisson est bimodal, il vous indique quel mode de cuisson choisir, ou l’un ou l’autre, c’est selon. Le tout grâce à une signalétique chromatique fort astucieuse. Ainsi, un idéogramme au dessus de l’indicateur de temps symbolise un four dessiné en blanc sur un fond noir. Il signifiera que lorsque le temps sera affiché en blanc sur fond noir, il s’agira d’une cuisson au four, le chiffre de droite indiquant le temps de cuisson, celui de gauche propose le thermostat adéquat. De même, sous la fenêtre d’affichage du temps une cocotte en fonte et une poêle sont dessinées en noir sur fond blanc. La lecture du temps de cuisson, lorsqu’elle se fera en noir sur fond blanc, se réalisera comme suit : le chiffre de gauche pour le temps de cuisson à la cocotte, celui de droite pour le temps de cuisson à la poêle. A la cocotte ou à la poêle comme chez mamie, c’est possible. Il suffira de se référer aux chiffres pour peu qu’ils soient noirs sur fond blanc. Ou au four comme chez tata, pas de problèmes, si les chiffres sont blancs sur fond noir. Jetez un œil à la vue de face du tableau de bord (ci-dessous) pour mieux comprendre le bordel :

Vue de face du sélecteur de plats à faire cuire

vuedeface


Oui, c’est carrément génial, mais c’est pas comme si j’avais pas prévenu. Et alors son utilisation est carrément fastoche, elle ne nécessite ni CD d’installation ni étude du latin à la Moutarde. Imaginons par exemple que l’on décide de faire cuire un rôti de porc. On ne sait pas encore si on doit le faire cuire au four, car c’est meilleur, ou à la poêle car c’est pas bon mais qu’on n’a pas de four. On tourne la molette de sélection du plat à faire cuire jusqu’à tomber sur Rôti de porc, puisqu’on est partis sur cet exemple. « Flan » c’est pas ça, « Haricots secs » ça fait péter, « Lentilles » c’est pour les yeux, « Meringues » ça fait des miettes, « Pâté en croûte » c’est dégueulasse, « Petits pois » sont rouges, « Rosbeef » on approche… « Rôti de porc » alléluia ! Les chiffres sont en blanc sur fond noir, c’est donc sans surprise une cuisson au four. Thermostat 6, 35 minutes, nous apprend-t-on. On tourne le bouton du four sur 6 (se référer à la notice du four, chacun sa croix) puis réserver le même sort au bouton indicateur du temps à cuire de votre minuteur en plastique orange jusqu’à positionner le curseur rouge sur la graduation correspondant à 35. Laissez le Coupatan © faire son travail.
Le tic-tac fait tic-tac, le compte à rebours a commencé, en témoigne la rotation progressive du bouton autour de son axe dans le sens inverse des aiguilles d’une meule de foin. Vous pouvez retourner à vos occupations telles que le cyclisme sur piste ou la violence conjugale. 35 minutes et 6 thermostats plus tard vous entendez tinter la sonnette en véritable ferraille de Montluçon. Ca y est, le rôti de porc est cuit juste comme vous l’aimez : croustillant à l’extérieur et saignant à l’intérieur. Notez que ça marche aussi pour les haricots verts, le rôti de porc n’était qu’un exemple.

Et voilà, à vous la réussite, à vous les cakes, les pommes de terre, les artichauts, les putes et la coke. Merci mon chien ? Non, merci Stipey. Par contre, faites quelque chose pour ces vergetures, c’est d’un laid…

La SNCF et son personnel accompagnant vous remercient d’avoir voyagé en leur compagnie et vous souhaitent une agréable fin de vie, pourquoi pas.



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11 novembre 2007

Le saumon à l'unilatérale, par Maldo

Niveau : facile
Coût : relatif
Temps de préparation : Zéro. Rien. Nada.
Temps de cuisson : 10 minutes (environ)

Ingrédients pour 4 personnes
- 4 pavés de saumon. Ou un filet de saumon. Mais pas de la darne, c’est ça le truc. Y faut qu’il y ait de la peau.
- De l’huile d’olive pour faire cuire le saumon
- Sel, poivre
- Beurre
- Citron

Recette

Moi, quand je vois du saumon cru, j’ai envie de le bouffer comme ça, tel quel, tellement j’aime ça. Je me souviens, quand je mangeais japonais à Maisons-Alfort, j’adorais le saumon cru trempé dans leur sauce bizarre et succulente, dont je préfère néanmoins ignorer la composition.

Alors avant-hier soir, ma femme me dit : « Tiens, demain soir c’est saumon en papillote. »
Moi : huit

Faut dire que j’adore le saumon. En papillote, c’est excellent, d’autant que ma femme prépare ça avec des petits légumes (carottes etc..) émincés, j’en boufferais comme quatre. Vos pensez si j’étais content, quoi. Hier donc, toute la journée, j’ai attendu le soir avec impatience, guettant la pendule, qui n’avançait pas, cette salope, allant de la cuisine à l’ordinateur, de l’ordinateur à la cuisine, et me disant sans cesse « miam miam ce soir y a bon manger ! » (je me fais pas chier quand je me parle à moi-même, j’économise, mais je me comprends).

Malgré un petit incident désagréable qui est venu très légèrement ternir notre journée (trois fois rien : l’un de nos chats d’un an avait disparu depuis quatre jours, et je l’ai retrouvé mort, heurté par une voiture), les heures ont fini par passer, lentement, et la pendule a bien dû les faire tourner, ses foutues aiguilles, jusqu’au moment tant attendu de passer à table.

Après avoir pris un apéritif, pour fêter la mort du chat, ma femme me dit : « Franchement, ça me saoule, là, de faire les papillotes, j’ai pas les petits légumes, ça va être sec, ça t’ennuie si je les fais plutôt à la poêle, avec une sauce au beurre citronné (et là, je me demande si j’accorde « citronné » avec beurre, ou avec sauce) ?

Moi, j’ai l’habitude des plans B, vous pensez, quand on a vécu le désastre normand, on est paré à toutes les éventualités, prêt à tous les revirements, disposé à accepter toutes les compromissions. Je tente habilement une délicate négociation :

- Ok, mais le mien tu me le mets côté peau dans la poêle, et tu ne le retournes pas.
- Pas de problème, me dit ma femme. Ça me fera moins de travail !

Satisfait d’être parvenu à imposer la cuisson de mon poisson, parce que hein, c’est quand même moi qui décide ici, je sers l’apéritif. Pendant ce temps, ma femme met le poisson dans la poêle, comme ça :

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Rien que comme ça, je boufferais la photo

Nous échangeons sur nos journées respectives, j’annonce aux enfants la mort d’un de leurs chats, mon fils pleure… Et le saumon cuit gentiment dans la poêle. Le temps que mon fils arrête de pleurer (environ deux minutes… que j’aimerais être un enfant, des fois, à nouveau), il faut retourner le saumon.

- HOP HOP HOP !!! Dis-je. M’exclamai-je, même ! HOP HOP HOP !!! Pas le mien hein ?
- Nan nan, tu me l’as déjà dit.

Avec le recul, je me demande si elle ne s’est pas un peu foutue gentiment de ma gueule, tiens. Faudra que je relise ça. Bref, une fois retourné, évidemment, ça donne ça :

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Cahuète… Whisky… Clope… Cahuète… Whisky… Clope…
Je me demande ce qui est le plus mauvais pour la santé, dans tout ça, tiens. En tous cas, les trois ensemble, c’est excellent pour le moral, c’est toujours ça de gagné !

Au bout d’un moment, ça donne faim, et ça :

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Notez la façon dont la cuisson du saumon est progressive : cuit côté peau, cru au dessus. Putain rien qu’à écrire ça j’ai encore faim ! Et pourtant, quand vous lirez la fin… (j’en ris d’avance, tiens. Mais restez-là, ceux qui vont lire la fin tout de suite sont des tricheurs, que je maudis jusqu’à la 17e génération, sauf s’ils m’envoient un chèque de 50€, en échange je leur garantis le retour de l’être aimé, la réussite en travail, de l’argent, beaucoup d’argent (moins 50 €), et une puissance sexuelle qu’ils ne soupçonnent même pas (accessoires et piles non fournis). J’avais pas ouvert une parenthèse, là ? Si, hein ? Bon, hop, je la ferme).

Bon, on discute, on discute, on fume, on fume, je bois, je bois, et pendant ce temps-là, bon an mal an, ça finit par faire ça :

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Vous aurez remarqué que les deux autres filets ont disparu (j’ai failli mettre « que les deux autres morceaux ont filé », et puis finalement ça ne me faisait pas rire). Voyez cette cuisson à la fois progressive et dégradée (non, ce n’est pas antinomique). Imaginez comme les sensations seront différentes, selon que vous mordrez dans la partie bien cuite du poisson, ou que vous laisserez fondre la partie moins cuite sous votre langue gourmande et voluptueuse.

Ah oui, il y avait une sauce avec :

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Sauce au beurre citronnée (hop cette fois j’inverse, j’aurai fait qu’une fois la faute), c’est pas compliqué, vous faites fondre le beurre, vous mettez le citron, vous remuez.

Alors vous servez ça sans formalisme particulier dans votre assiette, vous vous servez une bonne plâtrée de riz, vous arrosez de sauce au citron parce que vous adorez le citron, vous commencez à trancher doucement le poisson verticalement (je précise. Il va se trouver des gens pour le couper à l’horizontale, sinon, comme on lève un filet : « qui veut du poisson cru ? Qui veut du poisson mi-cuit ? Qui veut du poisson cuit ? Qui veut de la peau brûlée ? » Nan, c’est pas ça, on tranche à la verticale, et la peau on ne la mange pas).

Regardez, moi de voir ça, j’en remangerais tout de suite, tiens. Enfin non, pas tout de suite, mais attendez la fin pour savoir pourquoi, si vous la lisez maintenant ça va vous gâcher le plaisir de réaliser cette savoureuse recette.

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Non mais dites, ça a de la gueule quand même ! Et je peux vous assurer que c’était bon, ça fondait dans la bouche !

Voilà, servez un vin adéquat, éventuellement un pinot noir rosé, mais un blanc va parfaitement bien avec ça, un riesling ou même un petit coteaux du Languedoc. Un graves blanc fera bien l’affaire aussi, juste assez jeune pour ne pas regretter de ne pas l’avoir servi avec autre chose.

Et maintenant, ce que vous attendez tous : la fin !

C’est dommage, je n’ai pas pris de photo. En fait, vers 3 heures du matin, j’ai commencé à être vraiment pas bien du tout : nausées, etc. Le temps de me lever et de me traîner péniblement jusqu’à mes toilettes, splatch ! Devinez quoi ? J’ai vomi tout le bon saumon que j’avais mangé avec tant d’appétit et de plaisir. Finalement, je me demande ce que ça vaut, de bouffer du poisson à moitié cru comme ça matleflou

Merci de votre attention, dans une prochaine recette nous traiterons du délicat problème de la non-cuisson du riz avant ingestion, et de ses répercutions.

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10 mai 2007

La drogue, c'est le mal, par Ninon

Voici un formidable jeu de mots en image :

blaguedrole

Une tartine offerte au premier qui trouve sue_ellen

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24 mars 2007

La pizza surgelée transgénique, par Maldoror

Niveau : facile
Coût : économique (on récupère les vieux fromages qui puent)
Temps de préparation : 10 minutes
Temps de cuisson : 15 minutes (environ)

Ingrédients pour 1 personne :
- 1 pizza
- Du fromage qui reste au fond de votre réfrigérateur, et que vous n’osez plus sortir, même pour le jeter.
- Ce que vous voulez d’autre. Certains pervers vont jusqu’à mettre du jambon.
- De l’huile pimentée faite maison, pour épater les gens quand vous écrivez la recette.

Recette

L’autre jour, l’idée m’est venue, d’aller… Bon alors on ne va pas commencer comme ça, d’accord ?
L’autre soir, on me suggère fortement qu’ils serait de bon ton que je me satisfasse d’une pizza surgelée, vu qu’on n’avait pas l’intention de faire la cuisine plus qu’il n’était indispensable. Je sais reconnaître un avertissement sévère accompagné d’un refus définitif, lorsque j’en croise un. Ça donne un peu ça : thalis J’acquiesce, avec enthousiasme. Face à la révolte grondante, l’affrontement est toujours la pire des solutions.

Néanmoins soucieuse de mon bien-être, et par surcroît attentive à ma ligne, ma femme me dit tout de même : « Ah mais tu en as mangé une chez ton ami hier, peut-être que tu en as un peu marre ? »

Moi, en évitant de faire trop briller mes yeux, pour qu’elle pense que je me contente simplement de ce qu’elle me donne, et ne pas lui laisser à penser que ce qu’elle me donne correspond précisément à ce que j’ai envie de bouffer, là, tout de suite (oui, c’est compliqué. Enfin si c’était simple, les femmes, ça se saurait, d’accord ?), moi, je dis : « Non, ne t’embête pas, ça ira très bien une pizza, je t’assure. ». Et là, je place subtilement ma botte : « Je vais faire le tour du frigo et prendre tous les vieux fromages, et je mettrai ça dessus. »

Elle, heureuse que je me contente de si peu (je suis un peu difficile. Si je ne l’étais pas, on ne boufferait que des boîtes et du surgelé, et je ne viendrais pas ici vous écrire des recettes, alors hein, ça vous arrange aussi), me dit « bon ok, on fait ça comme » (des fois elle est farceuse. En réalité elle parle très bien. Enfin elle ne connaît pas tous les mots, mais ceux qu’elle connaît, elle les parle bien. Bon, quand elle va lire ça, je ne vous cache pas que ça va moyennement lui plaire. Enfin je ne sais pas mentir).

Et voilà la pizza prête à se faire mettre tous les morceaux de fromage qui pue qu’on aura ramassés au fin fond du frigo. Salope !

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Ah, elle ne paye pas de mine, comme ça hein. Ne vous y fiez pas, c’est une bombe à retardement. Une fois amorcé, ce truc vous emplâtre l’estomac pour 12 heures minimum, et vous contraint à boire au moins 2 litres d’eau pure, traitement d’une rare férocité, vous en conviendrez. On peut aussi y ajouter un peu de boisson alcoolisée à l’anis, ça donne du goût. A consommer avec modération, faut pas déconner, les présidentielles approchent, les libertés reculent, comment voulez-vous…

Alors, dessus, on s’apprête à mettre, plus ou moins, ça :

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- Du brie (le truc qui traînait depuis heu… plusieurs jours redface )
- Du roquefort (à peine plus jeune. Le fromage, c’est comme le vin, faut le laisser vieillir, sans laisser passer la DLUO de plus de 2 mois)
- Du chèvre. Tout neuf, même pas entamé \o/
- Du gruyère.

On commence par le brie. On le prend fermement dans sa main gauche, si on est droitier, et on inverse, si on est joueur. On le coupe en lamelles, grossièrement, c’est pas pour un concours. On dispose ça, à peu près comme ça :

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C’est la première couche. La mutation est en marche. La pizza ne réagit pas, c’est con une pizza. Fort de cette inertie, et afin d’atténuer un peu le doux parfum de brie qui émane de vos doigts, vous saisissez le plateau de roquefort, et soyez encore heureux qu’il y ait un plateau. J’ai vu certains malheureux, obligés de saisir fermement le roquefort dans leur main droite (ils étaient gauchers), et pour faire partir l’odeur, c’est rinçage à l’eau de javel. Ou à l’absinthe, mais c’est dommage.

Vous coupez le roquefort, et vous le disposez à votre bon cœur m’sieurs dames, mais pour que ça comble environ les trous entre le brie et la pizza, comme ça :

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Voyez comme la pizza s’offre à la délicieuse morsure du roquefort. Elle aime ça, la garce. Hein, t’aimes ça, hein, te faire muter comme ça ?

Hum… A partir de là, deux écoles :

A) Vous êtes affamé, suicidaire ou joueur. Vous prenez la barre de chèvre, vous la saisissez fermement de la main que vous voulez, après tout, merde, et de l’autre, vous la coupez en rondelles. Vous mettez ça comme ça, sur le tas de brie et de roquefort, jusqu’à épuisement de la barre de chèvre. Essayez tout de même de répartir harmonieusement, quoi. C’est pas parce qu’on va le bouffer que ça doit pas être joli.
B) Vous vous dites que ça peut-être aller comme ça, hein, quand même, parce que je rappelle que c’est une recette pour une personne, et vous oubliez tranquillement la barre de chèvre, intacte, au fin fond du frigo. Son heure viendra.

Moi j’ai pris l’option B. Ensuite, quelle que soit l’option retenue, il faut un liant. Eh oui, tout ça, ça doit se tenir, au final. Ça doit avoir de la gueule, aussi. Donc, le liant, c’est le gruyère, qu’on répand généreusement sur la surface de la pizza, comme ça :

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Ça commence à faire un bel édifice. Miam, ça va être du bon manger neuf
Si on veut rigoler, on prend une photo de profil, pour voir la hauteur que ça fait :

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Tout en riant sous cape à l’idée qu’une pizza puisse avoir un profil (c’est con une pizza), vous enfournez ce machin sans hésiter, thermostat pizza surgelée, ça change rien.

Dans le four, ça donne ça, et je vous garantis que la pizza fait moins la fière :

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Oui, il y a une autre pizza, en dessous. Je rappelle, mais c’est la dernière fois, que c’est une recette pour une personne, et que nous étions deux à manger. L’autre, c’est celle de ma femme, qui n’a pas l’esprit aussi créatif que moi en matière de pizza surgelée. Elle a cependant d’autres qualités, qui la rendent si charmante et irremplaçable (je rame un peu, faut rattraper le truc d’un peu plus haut, là. Ne riez pas, elle lit toutes mes recettes. Je suis même sûr qu’elle les comprend).

Les plus observateurs d’entre vous auront remarqué le four. Eh oui, nous avons enfin remplacé l’autre, qui, après nous avoir bien fait chier rendu service, a entamé une retraite bien méritée. D’ailleurs, ainsi que je vous l’avais déjà indiqué, et pour ceux d’entre vous qui seraient intéressés, ce four est toujours en train de pourrir dans mon local à poubelles à vendre.

Voici que nous arrivons déjà au terme de cette recette. Je n’ai pas vu le temps passer, je ne sais pas pour vous. Quoiqu’il en soit, il me reste à vous montrer le résultat de cette surprenante mutation pizzaïque (je néologe si je veux), voilà :

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N’ayez pas peur, ça se mange tout seul, je vous assure. C’est impressionnant, mais avec du vin, ça va vraiment bien. Le poisson orange, c’est un truc aimanté pour les gosses, je le dis parce qu’il va se trouver des gens pour me dire : « Quel petit poisson orange à bout aimanté à côté de la pizza ? » Merci Georges.

Et là-dessus, comme vous n’avez peur que d’une seule chose, et que ce n’est pas celle-ci, vous mettez de l’huile pimentée, faite maison et avec beaucoup d’attention par ma femme, avec de l’huile d’olive et du piment oiseau.

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Et avec cette huile pimentée, ou de l’huile d’olive simplement, vous pouvez aussi arroser le bord de la pizza avant d’enfourner. Ça fait dorer joliment, et ça parfume la pâte.

Précision : cette pizza n’a pas été réalisée avec des OGM. Aucun nourrisson n’a eu à subir de mauvais traitements lors de la réalisation de cette recette. Aucun poisson non plus. Par contre, le brie et le roquefort, eux, ont subi les derniers outrages, mais j’attends avec une certaine impatience la réaction de l’association de protection des bries & roqueforts, associés.

Merci de votre attention, et bon appétit. Dans une prochaine émission, nous vous parlerons des lasagnes (je crois que c’est ce qu’on mange ce soir).

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09 février 2007

A la recherche du haricot perdu

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Alors voilà. Quand j'étais petite, je mangeais des légumes avec plaisir, sauf la betterave - qui n'est pas un légume mais une catastrophe, nous y reviendrons.
Je mangeais notamment des haricots.
"Des haricots comment ?" me direz-vous, au lieu de me dire "des haricots, coco ?", parce que vous êtes farceurs.

Des haricots du jardin de mon papi. Et du jardin de mon père (attention, cette note a une très forte tendance sentimentale).
Des haricots parvenus dans le nord de la France il y a trois quarts de siècle environ, apportés dans les valises pas en cuir des travailleurs italiens (ou polonais) qui venaient prêter main-forte à l'essor industrieux de la fonte et de l'acier.
Oui, avec leurs mains d'or.
J'avais prévenu que ce serait romanesque redface

Mais je ne suis pas là pour pleurer sur la mort des crassiers. Je suis venue, à la demande pressante de mon père, parce que les haricots dont il serait intelligent que je commence à vous parler, au lieu de m'égarer comme d'habitude, ces haricots, disons, des yéyé, sont en train d'agoniser.

Depuis soixante-dix ans de culture, de resemages annuels, les graines ont dégénéré, et les haricots ne sont plus tout à fait aussi merveilleux.

Parce que c'est ça, le souci. Enfin, le truc qui fait du chagrin : les yéyé sont les meilleurs haricots du monde entier.
On peut les manger "mange-tout", ils sont fondants, la cosse n'a jamais de fils, elle est d'un beau vert tendre, les petits haricots nichés dedans sont fondants comme le coeur d'une mère (j'ai dit que ce serait sentimental, foutez-moi la paix), on peut les manger écossés quand ils sont plus gros, ils sont jolis, avec leurs deux couleurs, en plus d'être tout ce qu'on demande à un haricot : du bonheur tendre, qui se mange chaud avec de l'agneau grillé ou du canard rôti, ou une rouelle de cochon mijotée, ou froid, en salade, avec du persil ou du parmesan ou du basilic. Et on peut les conserver, secs.

Pour un peu, je pourrais même aller jusqu'à prétendre témérairement que les yéyé ne font pas péter. Mais je sais rester mesurée dans mes propos, ah mais pingouinosourit

Ne me demandez pas pourquoi ça s'appelle des yéyé. Toute l'Italie importée dans le bassin de la Sambre les appelait comme ça. C'est un peu, aussi, ce qui ne facilite pas nos recherches. On tombe sur des chanteurs bariolés, avec des tas de cheveux frisés et des cols pelle à tarte, un peu comme ça...
ph13
(Oui je sais aussi : toutes les excuses sont bonnes)

Vous vous demandez, quand même, je le vois bien, si je vais vous faire mariner longtemps avec mes haricots magiques en voie de disparition alors que vous ne savez toujours pas à quoi ils ressemblent.
Alors les voici :

fagioli1

fagioli2

fagioli_detail

fagioli_detail2


Alors, voilà, ce sont des haricots à rames, grimpants, donc, jusqu'à 3 m de haut.
On en met 8 par rame, comme ça :
X X X
X O X
X X X
Les cosses sont vert pâles et courtes (> 10 cm)
Plus le haricot grossit, plus il attrape cette belle couleur grenat.

Mon père ce héros a dit : "Si tu me retrouves les yéyé avec ton blog, alors j'aurai l'impression qu'Internet peut être un truc utile."
Le putain de défi, quoi in_ze_navy_ii

Voilà. C'est votre mission, maintenant. Appelez vos amis jardiniers, torturez vos grainetiers, soudoyez vos grands-mères, soyez magnifiques.
Merci d'avance pingouinolove

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