J'irai cracher sur ton micro-ondes

La cuisine facile et presque toujours chic pour les grosses feignasses

10 juillet 2006

Strates au caster footycat kill, kill, par une ligue pas dissoute

[Note de Ninon : on me dit que ça aurait tout aussi bien pu s'appeler "Les coupes rienafoot' ", ou "Footaise delight", ou "Ton foot sur la commode", ou "coupes mi ne futtu" : je me suis bornée à choisir mon titre préféré] Je laisse donc aux auteurs l'entière responsabilité de leurs propos, d'ailleurs cette recette m'est parvenue dimanche à 17h38, c'est dire pingouinosourit ]

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En ces temps de ferveur baballesque, il convient de se trouver une activité alternative pour échapper aux heures sombres où les patriotes cathodiques se sentent autorisés à beugler en regardant bosser quelques pousseurs de gonfle. La musculation intensive ou les révisions appliquées du kamasutra ne peuvent hélas pas toujours servir de refuge, pour cause d'absence d'équipements ou de l'envie nécessaires à la première ou de présence d'humains devant qui on ne tient pas à forniquer pour la seconde. La beuverie, alors? Non, ça tournerait au procédé. L'ingestion massive de fraisier, de crêpes ou de petites pâtisseries bien onctueuses ? A oublier itou, à cause d'une aversion marquée pour la crème et ses avatars. Sans même parler du fait que le sucré, comment dire.
Reste la cuisine.

Or, voyez comme les choses peuvent se hasarder à bien faire, la recette des mangues ganglionneuses dans leur gangue appelait une répartie. Parce que le résultat est foutralement appétissant, tout de même. Mais la répartie devait jouer dans le salé, bien sûr. Et sans crème ni beurre, slave à deux soies.

Un rapide inventaire des réserves, et nous voilà partis.
Tout d'abord, on mixe des filets de rouget, du basilic frais et de la tapenade -ne salez pas, la tapenade s'en charge. On jette ensuite sauvagement quelques poivrons sur la flamme nue du grand feu de la cuisinière. Pendant ce temps, le four chauffé à bloc accueille les moitiés d'aubergines piquées chacune d'une gousse d'ail. Le piment rouge -sec ou pas, on fait comme on veut, mais débité en tronçons, c'est préférable- infuse dans une petite casserole, tandis qu'une autre petite casserole héberge de l'eau, de la menthe et de la nepita. Qu'est-ce que la nepita, me demanderez-vous? Une herbe aromatique, introuvable ailleurs qu'en Corse. C'est très bon. (Note aux éventuels baveurs sur rouleaux qui visiteraient exceptionnellement ce blog par ailleurs bien fréquenté : oui, c'est totalement révélateur d'un esprit pervers et pour tout dire insulaire que d'inclure à la recette un truc pareil, à la fois identitaire et inconnu à l'inventaire du Franprix de l'avenue Jules-Ferry à Vitry-le-François. Si vous saviez comme c'est bon.) Vous pouvez la remplacer par de la menthe poivrée, si vous y tenez. Les feuilles de gélatine trempent, acquérant ainsi la consistance du cerveau de supporter, celui qui équipe les gens que vous entendez piailler et appeler leur maman parce qu'un Portugais même pas maçon vient de s'approcher des bois gardés par un Français même pas fonctionnaire et moins con que les autres, puisqu'il se sert de ses mains, lui.

L'étape suivante consiste à prélever les trois quarts du magma -je parle de la gélatine, l'extraction de cerveau de supporter peut se révéler extrêmement bruyante et salissante, et demande un outillage adapté, outre qu'elle exige une promiscuité toujours déplaisante avec ledit supporter- et l'incorporer au résultat de l'infusion filtrée de menthe et de nepita.
Juste à côté, on assaisonne généreusement un autre bol d'eau gélatineuse avec du curry.
Les deux mélanges sont ensuite versés au fond des coupes, verres, ramequins, mazagrans ou autres crânes de singe en cristal que vous avez décidé d'utiliser pour montrer aux convives la très zoulie superposition des strates comestibles. Je vous fais confiance pour ne pas en mettre trop, ni à côté. On oublie ensuite lesdits récipients au frigo, pendant qu'on s'occupe du reste.
Le reste.
Ça commence par un coup de cuillère dans les aubergines, une fois celles-ci bien molles. On ramasse la chair, qu'on jette gracieusement dans le bol du mixer préalablement lavé avec les gousses d'ail. Pendant que les lames lacèrent l'ensemble d'une manière qui ferait frémir le premier végétalien venu, on ajoute aux souffrances légumineuses en salant et poivrant, puis en arrosant modérément d'huile de sésame. On réserve dans un bol.
Le cas des poivrons se règle de la même manière: pelés, épépinés, découpés en lanières, ils sont à leur tour déchiquetés par le mixer, dont le bol et les lames auront été au préalable lavés de toute trace aubergineuse. Salée et poivrée, la pulpe résultante est elle aussi mise en réserve.
On extrait du frigo. Non, pas les coupes. Leur tour viendra ensuite. On extrait donc du frigo deux yaourts de lait de brebis. (Note aux mauvais coucheurs éventuels qui s'égareraient à lire cette recette: on peut trouver du yaourt de brebis au Franprix de la rue Jean-Jaurès de Gif-sur-Yvette, et sans doute dans pas mal d'autres).
Le restant de gélatine se mélange avec l'infusion de piment, filtrée elle aussi. Il serait bienvenu à ce stade de monter un ou deux blancs en neige, histoire de les incorporer très lentement au yaourt, puis d'adjoindre délicatement à l'ensemble le mélange gélatineux, ainsi que de la coriandre fraîche ciselée.
Le mélange rouget-tapenade, lui, reçoit langoureusement blanc d'ouf en neige et mini-sabayon mayonnaiseux salé monté avec deux jaunes d'ouf et de l'huile d'olive.
Une fois assuré qu'au fond des coupes ou autres coquetiers king size de chez Lalique se trouve bien une gelée solide, on peut procéder à l'étape finale.
Sur la gelée au curry, on verse la pulpe de poivron. Sur celle à la menthe et à la nepita, on dépose le blob d'aubergine. Les deux doivent avoir sinon l'aspect, du moins la fermeté toute relative du cerveau de supporter, celui-là même qui impose à vos voisins de pousser des râles orgastiques parce qu'un bout de cuirs s'est invité dans un filet même pas à provisions.
Pour couronner chaque récipient, on finit par le mélange rouget-tapenade sur le poivron, et par le yaourt au piment sur l'aubergine.

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Une fois le tout recouvert individuellement d'un film étirable, on rebalance au frigo, et on se sert un verre, en écoutant les voisins mugir qu'ils sont en finale, alors même que leurs efforts se seront limités à appuyer sur le bouton de la zapette, à dégoupiller une canette et à commander une pizza. Les premiers klaxons commencent à retentir, il est alors temps de tenter de se remémorer les proportions.

Nous avons donc en gros pour 6 parts de chaque blob en strates:

6 filets de rouget
2 cuillères à soupe de tapenade
4 poivrons rouges
4 aubergines
2 yaourts de lait de brebis
de la gélatine lambda
un piment fort
gousses d'ail
huile de sésame
huile d'olive
2 oufs
Basilic, coriandre, menthe et nepita
Curry
Sel poivre

Au fait, ça se mange le lendemain, et il paraît même que c'est bon.
Pour les photos, pas de bol: l'APN actuel n'est pas à la hauteur.


Posté par sundaymorning75 à 01:47 - Association de malfaiteurs - Commentaires [5] - Permalien [#]

Commentaires

    Cru ou cuit, le rouget ?
    (si j'ai mal lu et donc raté cette info primordiale, toutes mes confuses)

    Posté par isadora, 10 juillet 2006 à 11:01
  • Toutes les confuses sont pour nous… Cette info effectivement primordiale a été malencontreusement passée sous silence (que nul ne s'avise d'y voir quelque atavisme bien méditerranéen). Or donc, le rouget était cuit.
    Il n'est pas inutile de rappeler que le rouget est de ces poissons qui ont la fâcheuse manie de défendre chèrement leur peau, jusques et y compris lorsqu'on les a réduits à l'état de filets, congelés de surcroît. Ils sont farcis de petites arêtes perfides (on a les flèches du Parthe qu'on peut), donc la vigilance s'impose…
    Ah, et surtout, aucun court-bouillon de quelque sorte que ce soit. Il n'est pas interdit du reste de le faire griller les filets ou de les cuire au four dans une papillote, pour permettre à la chair d'exhaler tout son parfum.

    Posté par malfaiteurs, 10 juillet 2006 à 12:48
  • Ah merci, j'en suis toute soulagée (si si).

    Posté par Isadora, 10 juillet 2006 à 20:34
  • Ravie d'avoir pu apaiser tes angoisses (si si).

    Posté par Méfaire Lady, 11 juillet 2006 à 08:19
  • nepita jolie fleur de...

    BRAVO BRAVO pour la recette manque quelques petites precisions mais on sans passera ça tiens la route sauf que MOI je remplace la nepita quand je n en est plus....par de la MARJOLAINE que l on trouve aussi sous l apellation ORIGAN dans tout les supers marche de france et de navarre et de CORSE bref! vous faites come vous voulez vive la LIBERTA

    Posté par minana, 31 mai 2007 à 13:12

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